Mélinée

chansons mélancomiques



Ich liebe dich Berlin
Wenn ich traurig bin
Quand je pleure ein bisschen
Tu sèches meine Augen

Das Licht von deinem Himmel
Est parsemé d’Engel
La couleur des Wagen
S’mêle à celle der Blumen

Le long d’Kurfürstendamm
Spaziert ein blonder Mann
Je mange une Bratwurst
Pour reprendre ma course

C’est bien mieux qu’un Frühstuck
Ich habe viel Glück
Moi qui aime les yeux bleus
En Deutschland y’a pas mieux

Quand passe la Polizei
C’est un p’tit peu vorbei
Tu t’fais griller mon pote
Si tu traverses au Rot

Même quand y’a Niemand
Il t'faut tout d'même attendre
J’trouve ça conventionnel
Paraît qu’c’est culturel

A Alexander Platz
Y’a des touristes qui passent
Ce que j’préfère dans l’Ouest
C’est le fantôme de Brecht

J’aime mieux le soleil
Qui brille sur Kreuzberg
Et c’lui qu’on appelle Got
Est plus sympa dans l’Ost

Sur les tags du Mauer
Y’a des Mädchen qui pleurent
Et des flics qui sourient
Passé l’checkpoint Charlie

Si pour les mêmes diplômes
Tu touches pas la même somme
Des deux côtés du mur
C’est réunifié, t’es sûr ?

Das Problem à Berlin
C’est qu’il fait un temps d’chien
Es regnet chaque jour
Ca laisse l’temps d’faire l’amour

Par contre quand il fait beau
On danse le tango
Sur les bords de la Spree
Viel besser qu’au ciné

Berlin j’t’ai dans la peau
L’Tiergarten dans les os
T’as transpercé mein Herz
Das ist wirklich kein Scherz

Surtout ne change pas
Bewahre ton charme à toi
N’envie rien à Paris
T’es autrement jolie !


Il fait moins un dans ma caboche
pourtant j'ai Berlin dans la poche
et les ruines d'un supermarché
qu'on squatte comme une cour de récré

J'veux m'réchauffer en allemand
avec la Spree pour ornement
la Fernsehturm comme boussole
qu'exhibe son unique guibole

Elle contrairement à moi
se lève toujours du pied droit
Le privilège de son espèce
est qu'elle peut jamais être à l'ouest

Les jours où la vie me capture
me revoilà au pied du mur
Mes méandres sont des graffitis
sur les cendres de la Stasi

J'veux m'évader en allemand
faire le mur, quitter le présent
La Fernsehturm comme alibi
qui m'joue des tours quand elle rougit

Elle contrairement à moi
n'est pas sujette aux aléas
elle brille au ciel comme une ampoule
sans ne jamais perdre la boule

L'long du S-Bahn pour Wittenau
s'alignent les cabanes de prolos
L'silence des entrepôts fermés
irrigue les jardins ouvriers

J'voudrais décrire en allemand
l'poids des soupirs, le bruit du temps
La Fernsehturm comme symbole
d'une mise à jour des métropoles

Elle contrairement à moi
supporte toutes les chaînes à la fois
Elle réhydrate par perfusion
un empire de télévision

Berlin tu frôles l'overdose
à force de métamorphoses
La fêlure d'ton identité
s'estompe dans l'uniformité

J'voudrais sceller en allemand
la liberté au premier plan
La Fernsehturm comme témoin
du crépuscule de Berlin

Elle contrairement à moi
n'se met pas dans tous ses états
Pour peu qu'le Tacheles succombe
elle restera d'pierre comme une tombe


J'ai beau remuer ciel et terre
j'ai le cœur qui penche en arrière
Je dépose un pied hésitant
sur les cailloux toujours glissants
de la vie qui s'échappe comme
une rivière
J'ai beau remuer ciel et terre
pour chasser le roi de naguère
Son regard est toujours vivant
il respire à l'ombre du vent
Il vit au creux de mes chansons
et dans ma chair

J'ai beau remuer ciel et terre
pour épouser la vie entière
pour faire du bonheur mon galant
de la confiance mon amant
peu s'en faut qu'en un rien de temps
je désespère

J'ai beau remuer ciel et terre
vais-je parvenir à te plaire ?
Si mes abords semblent troublants
je doute fort de mes talents
et je crains que ton illusion
soit passagère

J'ai beau remuer ciel et terre
nos corps retourneront poussière
pour toujours aller de l'avant
moi la spectatrice du temps
il en faut de l'espoir parfois
de la colère

J'ai beau remuer ciel et terre
je ne cultive aucun mystère
Les gens paraissent édifiants
lorsqu'on les raconte en chantant
mais c'est un peu comme une bouteille
à la mer


A quoi rêvent les tangueros
quand ils s’enivrent d'abrazo 

Leurs gestes enlaçant et subtils
honorent la cambrure des filles

Leurs pieds s'ébattent et s'émeuvent
conversent plus qu'leurs hommes ne le peuvent

Le cœur accroché à la hanche
qui vise la belle avant la r'vanche

Que tu connaisses ou pas leur langue
peu importe tant que tu tangues
Au prix de quelques faux pas
si t'es belle tu gagn'ras les bras

D'un argentin chaud et tendre
qui mêle son eau à tes méandres
Juste le temps d'un tango
Tu seras femme de tanguero

A quoi songent les tangueros
quand ils se couchent sur le dos

Un abrazo pour seul prélude
à l'aube bercée de solitude

Aux soirs d'embrasement fatal
pour tanguer à l'horizontal

Le cœur épinglé à la manche
qui en découd avec les nuits blanches

Quand ils t'abrazent du regard
c'est l'Argentine qui crie « j't'égare »
Héros tanguant, tangue l’éros
bailando el mar en sus Ojos

S'ils t'étourdissent de désir
Gare à c'que ton cœur ne chavire
Juste le temps d'un crescendo
Tu seras femme de tanguero

De quoi vivent les tangueros
quand ils s'éloignent du tempo

Réimprovisent-ils leur vie
sur les contre-temps de l'ennui

Leurs heures valsent-elles dans le silence
au rythme de la décadence

Le cœur suspendu à la branche
pour qui la soif d'airs ne s'étanche

Ils transportent les murmures
des milongas dans leurs chaussures
Et dans la poitrine un mystère
qui ne s'évente qu'à Buenos Aires

Leur corps tomb'ra en carence
et sera perdu s'il ne danse
Juste pour mourir d'abrazo
Ils cherchent une femme les tangueros